20/07/2025
Le rythme s’emballe, les destins basculent. Le théâtre se fait alors plus politique, plus poignant.
Ce n’est plus seulement une histoire de femmes, c’est une ode à leur résistance. Une mise en lumière de vies oubliées, rejetées, mais ô combien puissantes.
Une troupe en état de grâce
Difficile de détacher les yeux de la scène. Chaque comédienne (et un comédien également, dans plusieurs rôles finement dosés) semble littéralement habiter son personnage. Les dialogues sont ciselés, jamais démonstratifs, souvent drôles, parfois glaçants. La complicité entre les actrices donne une force rare aux scènes d’ensemble, certaines dignes d’un chœur antique, mêlant danse, chant et texte avec une fluidité remarquable.
La mise en scène, signée Agnès Chamak et Odile Huleux, allie la sensualité du cabaret à la rigueur du théâtre engagé. On passe d’un éclat de rire à une boule dans la gorge sans transition. Le tout est porté par une musique originale et une lumière subtile qui épouse les états d’âme de ce microcosme féminin.
Au-delà de la reconstitution historique, La Nuit du 14 parle d’aujourd’hui. Des femmes qui, hier comme aujourd’hui, n’ont pas toujours le droit d’exister librement.
Le spectacle ne tombe jamais dans le misérabilisme. Il préfère la dignité au pathos, l’émotion brute à la leçon militante.
Et c’est sans doute ce qui le rend si puissant.
On sent une urgence dans cette écriture. Une volonté de dire, de rendre justice, de raconter l’invisible.
La pièce est aussi une déclaration d’amour au théâtre lui-même : cet art fragile mais vital qui permet, en une heure vingt, de changer notre regard sur le monde.
Pascal les 2 M & Co
19/07/2025
Le duo d’acteurs fonctionne à merveille : le rythme est soutenu, les dialogues claquent, et l’humour, souvent mordant, fait mouche.
On rit, on sourit, on reconnaît parfois ces petits chaos du quotidien qui nourrissent — ou entravent — la création artistique.
Mention spéciale au partenaire de scène, impeccable de justesse, qui équilibre avec subtilité l’énergie débordante de l’écrivaine, un peu trop appuyée par moments dans ses accès d' irascibilité.
Si la mécanique dramatique est bien huilée et l’écriture efficace, la chute de l’histoire, un brin attendue, n’enlève rien au plaisir que l’on prend tout au long de cette comédie vive et intelligente. Un joli moment de théâtre, qui sans révolutionner le genre, rappelle avec esprit que l’inspiration se cache parfois là où on ne l’attend pas.
Pascal les 2 M & Co
19/07/2025
Le décor, à la fois brut et sublime, évoque un no man’s land post-apocalyptique : carcasses de voitures rouillées, fourches tronquées, dessinent un paysage mental " de rouille et d'os", à la fois organique et métallique, où trône — ou plutôt survit — un "trône de fer" efflanqué, misérable, symbole de la vanité du pouvoir. Le lieu lui-même — la salle du Roi , ancienne chapelle du XV -ème siècle, encore dans son jus— semble avoir été conçu pour accueillir ce cauchemar shakespearien, renforçant l'impression d’être pris au piège dans les méandres psychotiques de Richard.
À un rythme haletant, scandé par une musique électro-rock puissante et obsédante, le texte retrouve une acuité politique saisissante. Manœuvres, trahisons, assassinats méthodiques : tout dans la trajectoire de Richard résonne étrangement avec les dérives du pouvoir contemporain. C’est une marche funèbre, une lente — mais de plus en plus précipitée — descente aux enfers qui s'accélère jusqu’au chaos.
Les costumes, faits de cravates cousues ensemble, sont une trouvaille visuelle remarquable. Objets du quotidien masculin, symboles de l’autorité et de la réussite sociale, ils deviennent ici tissus d’emprisonnement, nœuds coulant sur les ambitions de chacun, linceuls colorés d’une humanité corrompue.
Mais ce qui emporte tout, c’est l’interprétation. Portée par cinq comédiennes éblouissantes, la pièce devient un tour de force théâtral. Chacune navigue avec maestria entre les rôles, les genres, les registres. Leur jeu intense, parfois presque hystérique, mais toujours juste, fait ressortir la force dramatique du texte tout en y injectant l’humour grinçant, la distance ironique et le grotesque si chers à Shakespeare. Mention spéciale à Alexiane Torres : sa voix rauque, profonde, semble venir d’un autre monde. Elle incarne un Richard terrifiant, magnétique, autant qu’il est repoussant.
En sortant, une question nous hante : sommes-nous vraiment si éloignés de ces monstres que nous croyons appartenir au passé ? Le miroir tendu par Shakespeare, dans cette mise en scène audacieuse et viscérale, nous renvoie à nos propres contradictions, à la noirceur tapie sous le vernis du pouvoir.
Un chef-d’œuvre sombre, dérangeant et nécessaire.
Michelle invitée des 2 M & Co
15/07/2025
L’écriture d’Ana PIEVIC est d’une immense finesse, pétri d’émotion et de sensibilité. Elle ressuscite l’âme slave au travers de musiques, chansons et danses tziganes russe et roumain, yiddish, bulgare…
Pablo PENAMARIA et Raphaël SETTY nous ensorcellent à la clarinette et à l’accordéon tout au long de cette merveilleuse aventure.
Les comédiens Ana PIEVIC, Bruce TESSORE, Pablo PENAMARIA et Raphaël SETTY sont de magnifiques et talentueux interprètes, passant avec brio de l’humour, de la joie à l’émotion, à la tendresse mais aussi à la réflexions sur la vie , l’amitié et l’amour.
Un splendide spectacle musical, une ode à l’amitié , à l’amour, à la liberté de choisir son vrai chemin de vie malgré les difficultés et les obstacles rencontrés. Le cheval est le symbole de la liberté dans la joie de l’enfance mais aussi dans l’aventure de Zoran et notre liberté que l’on oublie parfois d’écouter.
Ne ratez pas ce spectacle musical rayonnant d’humanité et d’amitié.
Bravo pour leur magnifique affiche qui nous entraîne déjà dans cette splendide aventure.
13/07/2025
Célèbre comédie dramatique britannique de Willy RUSSEL.
C’est la rencontre de deux personnages issus de milieux très différents. Peu à peu, une véritable relation s’établit entre eux, doux mélange de mentorat et d’amitié. Rita apprivoise le professeur étriqué et lui, révèle à elle-même une autre Rita.
Cette pièce drôle et tendre questionne l’accès à la culture, le pouvoir de l’éducation et l’identité personnelle.
Dans un délicieux décor cocon, le bureau de Frank, une vraie bibliothèque avec de vrais livres, les échanges vont bon train, on rit, on réfléchit, on s’émeut.
On s’attache à ces deux personnages que tout oppose pourtant. Les deux comédiens sont formidables, incarnent leur rôle avec excellence, tellement sincères et subtils dans leur jeu.
Ne ratez pas ce délicieux Pygmalion. Vous allez tomber sous le charme des comédiens et vous offrir une jolie surprise.
Pascale - les 2M & Co
12/07/2025
Parier sur l’Iliade pour captiver un public d’aujourd’hui, il fallait oser. Clara Jauvart-Lacoste l’a fait. Et avec HUBRIS, elle réussit un coup de théâtre : transformer une épopée mythologique vieille de trois millénaires en une fresque humaine, brûlante d’actualité et viscéralement moderne.
Un souffle nouveau sur les cendres de Troie.
Pas d’adaptation scolaire ici, mais une réinvention audacieuse. HUBRIS n’est pas L’Iliade, c’est son ombre portée, son revers intime. L’histoire se concentre sur le camp grec, loin du tumulte troyen, pour mieux sonder les âmes. On y croise Achille, figure orgueilleuse rongée par sa quête de gloire, Patrocle, incarnation lumineuse de l’humilité, Thétis, mère déchirée, et surtout deux femmes autrefois réduites au silence par le mythe : Briséis et Chryseïs, puissantes, blessées, sublimes.
Le texte, ciselé et profond, conjugue lyrisme antique et fulgurances contemporaines. Il fait résonner la guerre d’hier avec celles d’aujourd’hui, sans jamais forcer le trait. La pièce ne nous parle pas seulement de Troie : elle nous parle de nous, de notre hubris collective, de nos rapports au pouvoir, à la famille, au pardon.
La distribution est sans faute. Louis Djabali (Achille) brûle la scène d’une intensité sombre et magnétique. Corentin Gérold bouleverse en Patrocle, frère d’âme et de cœur. Cécile Garnier (Briséis) et Léa Michelot (Chryseïs) incarnent deux visages de la douleur et de la résistance avec une justesse rare. Quant à Clara Jauvart-Lacoste elle-même, en Thétis, elle impose une présence grave, nuancée, déchirante.
Le duo de soldats, tour à tour poétiques, naïfs ou lucides, apporte une respiration salvatrice au cœur du chaos, sans jamais trahir la profondeur du propos.
Tout ici est pensé avec une intelligence scénique remarquable : la tente blanche unique qui devient palais, camp, tombeau ; les lumières dignes d’un film ; la bande sonore électronique, organique, presque rituelle, qui traverse la pièce comme une fièvre. Le moment où la tente s’effondre, arrachée par Achille, est un choc visuel et symbolique d’une force rare.
Le contraste entre dépouillement scénique et richesse émotionnelle donne à HUBRIS une densité peu commune. C’est beau, fort, cruel, lumineux.
HUBRIS est plus qu’une réussite artistique : c’est un cri. Une œuvre d’autrice, de troupe, de convictions. Une tragédie pour notre époque, où les héros vacillent, où les femmes parlent enfin, où la guerre n’est plus légendaire mais profondément humaine.
À Avignon, où les propositions abondent, certaines brillent plus que d’autres. HUBRIS est de celles-là. Ne la manquez sous aucun prétexte.
10/07/2025
Le duo d’acteurs, auteurs‑interprètes de leur propre création, déploie une intensité rare. Leurs incarnations sont saisissantes, émouvantes et honnêtes : un théâtre profondément humain, qui frappe et résonne longtemps. Comme le relève une critique, « les deux comédiens sont géniaux. Ils vivent leur texte : prêts pour aimer » . Le public sort bouleversé, questionné, car cette pièce « nous oblige à réfléchir sur notre propre vie » .
La mise en scène de Jérôme Jacob‑Paquay, sobre mais efficace, installe avec précision l’univers trouble des protagonistes. Soutenue par une bande‑son soignée – notamment une scène marquante chorégraphiée sur “Alors on danse” de Stromae – elle contribue à l’énergie dramatique et à l’immersion sensorielle .
Ce spectacle est aussi un manifeste en faveur du récit vivifiant : une ode aux grandes et petites histoires, portées avec passion afin de résister à l’indifférence contemporaine.
Un texte d’une grande profondeur, interrogeant notre conscience, nos choix, mais aussi notre capacité à espérer malgré tout.
En somme, Les Rossignols du Carnage est un spectacle à ne pas manquer au Théâtre Episcène : un voyage sonore et émotionnel, puissant, intelligent, habité.
Il réaffirme la force du théâtre vivant – un chant courageux face au carnage – et nous invite, malgré tout, croire en la puissance des histoires… et de la vie.
Car tant qu'il restera un homme pour raconter une histoire et un autre pour l'écouter, l'humanité résistera!
Pascal - les 2M & Co
10/07/2025
Un théâtre du non-dit, profondément humain.
Ici, pas de grands effets de manche ni de morale plaquée. Gabrielle Gay signe un texte d’une rare justesse, où chaque silence dit plus que mille cris. Les jeunes personnages sont cabossés par la vie, enfermés dans des blessures qu’ils peinent à formuler. Et pourtant, à mesure que la pièce avance, ils s’ouvrent, s’expriment, dansent, jouent… et trouvent une manière d’exister autrement que dans la douleur.
La scène devient alors un espace de réparation. Grâce à Nathäelle, une éducatrice qui croit en eux envers et contre tout, ils osent peu à peu rompre le silence. La parole se fraie un chemin , maladroite, heurtée, mais essentielle. On assiste à une renaissance collective, où le théâtre devient un acte de résistance et d’amour.
Une mise en scène vivante et sensorielle
Ce qui frappe aussi, c’est la richesse du langage scénique. Le texte se mêle au corps, au mouvement, au son. Il y a des passages dansés, des jeux d’eau, des regards qui en disent long. Tout est pensé pour nous faire ressentir de l’intérieur ce que vivent ces adolescents : leur colère, leur solitude, leur humour aussi. Car malgré la gravité du sujet, "Écoutez leur silence" n’est jamais plombant. On rit, on sourit, on est ému – parfois tout cela en même temps.
La troupe, composée de comédiens jeunes et puissants, livre une performance d’une grande sincérité. Aucun rôle n’est surjoué. Chacun semble porter son personnage comme une seconde peau, avec une vérité désarmante.
Une expérience à ne pas manquer.
L’émotion y est palpable, presque suspendue. On ressort de la salle un peu sonné, mais profondément touché.
"Écoutez leur silence" ne donne pas de leçon. Elle tend l’oreille. Elle nous apprend à écouter ce qui ne se dit pas, à regarder autrement ceux qu’on ne voit plus. Et c’est peut-être là, dans cette écoute partagée, que réside sa plus belle force.
Si vous pensez, vous aussi, que le silence a quelque chose à dire, courez-y et tendez l'oreille.
Pascal les 2M&Co
09/07/2025
C’est dans une ambiance feutrée que le comédien nous invite à partager ce grand moment de littérature.Le décor intimiste propose au regard des livres, posés sur un bureau, qu’on devine être des grands classiques.
C’est avec avec humour et délicatesse qu’il transcende des histoires de vie du quotidien en une envolée lyrique digne des plus grands poètes.
Les rimes sont riches, les propos frisent parfois l’impertinence mais laissent aussi la place aux émotions.Bercés par le rythme et la musicalité des alexandrins, on savoure les mots avec gourmandise. Quand il se glisse dans la peau des personnages qu’il met en scène, on rit lorsqu’il égratigne les hommes politiques, on est émus par une déclaration d’amour.
Puis, il y a ces moments de pause où, assis à la table, il effleure et feuillette les livres avec lenteur.
Un instant de grâce dans un silence respectueux ...
Des passages chantés accompagnés à la guitare font irruption dans le spectacle et nous charment par la beauté des textes .
Le comédien est brillant, charismatique,avec une présence sur scène qui capte une attention de tous les instants.
Laissez vous surprendre par l’originalité de ce spectacle, c’est un bain de douceur qui fait du bien.
Comme la vie parait simple en alexandrins!
Yolaine - les 2M & Co