10/07/2025
Un théâtre du non-dit, profondément humain.
Ici, pas de grands effets de manche ni de morale plaquée. Gabrielle Gay signe un texte d’une rare justesse, où chaque silence dit plus que mille cris. Les jeunes personnages sont cabossés par la vie, enfermés dans des blessures qu’ils peinent à formuler. Et pourtant, à mesure que la pièce avance, ils s’ouvrent, s’expriment, dansent, jouent… et trouvent une manière d’exister autrement que dans la douleur.
La scène devient alors un espace de réparation. Grâce à Nathäelle, une éducatrice qui croit en eux envers et contre tout, ils osent peu à peu rompre le silence. La parole se fraie un chemin , maladroite, heurtée, mais essentielle. On assiste à une renaissance collective, où le théâtre devient un acte de résistance et d’amour.
Une mise en scène vivante et sensorielle
Ce qui frappe aussi, c’est la richesse du langage scénique. Le texte se mêle au corps, au mouvement, au son. Il y a des passages dansés, des jeux d’eau, des regards qui en disent long. Tout est pensé pour nous faire ressentir de l’intérieur ce que vivent ces adolescents : leur colère, leur solitude, leur humour aussi. Car malgré la gravité du sujet, "Écoutez leur silence" n’est jamais plombant. On rit, on sourit, on est ému – parfois tout cela en même temps.
La troupe, composée de comédiens jeunes et puissants, livre une performance d’une grande sincérité. Aucun rôle n’est surjoué. Chacun semble porter son personnage comme une seconde peau, avec une vérité désarmante.
Une expérience à ne pas manquer.
L’émotion y est palpable, presque suspendue. On ressort de la salle un peu sonné, mais profondément touché.
"Écoutez leur silence" ne donne pas de leçon. Elle tend l’oreille. Elle nous apprend à écouter ce qui ne se dit pas, à regarder autrement ceux qu’on ne voit plus. Et c’est peut-être là, dans cette écoute partagée, que réside sa plus belle force.
Si vous pensez, vous aussi, que le silence a quelque chose à dire, courez-y et tendez l'oreille.
Pascal les 2M&Co
10/07/2025
Sur scène, six comédiens – trois femmes, trois hommes – incarnent une multitude de personnages avec une virtuosité éblouissante. Ils nous plongent dans le Londres trouble de 1888, au cœur d’une maison close où résident celles que l’Histoire a volontairement laissées dans l’ombre. C’est depuis ce lieu marginalisé ,en parallèle avec Scotland Yard que l’enquête est racontée, révélant la violence sociale et le mépris glaçant que subissent ces femmes, dont la mort importe peu aux yeux d’une société patriarcale.
La mise en scène, d’une inventivité remarquable, déploie un rythme effréné, soutenu par des costumes habilement pensés, des décors escamotables d’une efficacité redoutable et une atmosphère angoissante parfaitement maîtrisée. Chaque tableau, chaque transition, témoigne d’une énergie collective impressionnante, où le théâtre devient chorégraphie, narration et émotion.
On ressort de ce spectacle à la fois ému, électrisé et admiratif du travail accompli. "Demain, tout le monde aura oublié" est un véritable bijou théâtral, qui mêle intelligence, engagement et plaisir scénique. À ne surtout pas oublier ni demain, ni plus tard !
Pascal - Les 2M & Co
10/07/2025
Et si René Dumont avait été élu ? Et si le Larzac était devenu la capitale d’un gouvernement écolo et flower power ? En revisitant ces "et si" utopiques, France Fiction offre une jubilatoire réécriture de notre Histoire – tendre, drôle, parfois féroce – qui donne à rêver et à réfléchir.
La mise en scène, débordante d’inventivité, enchaîne trouvailles visuelles et clins d’œil savoureux aux années 70, de Shadoks à Pimprenelle et Nounours, sans oublier quelques interludes télévisuels délicieusement vintage. Le décor et les costumes, ingénieusement bricolés, participent pleinement à cette ambiance décalée et pleine d’énergie.
Mais derrière la comédie potache se cachent des pointes acérées. Dans des scènes cathartiques où les femmes prennent le pouvoir, des brigades roses exécutent sans ménagement les figures tutélaires tombées de leur piédestal – PPDA, l’abbé Pierre, Depardieu… Le rire flirte ici avec la rage libératrice.
Le retour à la réalité est brutal, bien sûr. Mais on ressort de France Fiction galvanisé·e, avec le cœur plus léger et les convictions rechargées. Un spectacle revigorant, impertinent, qui ose rêver tout haut à ce que notre monde aurait pu être — et nous donne envie de continuer à le changer.
Michelle invitée - Les 2M & Co
09/07/2025
Imaginez un joyeux cabaret du savoir, un voyage à travers les siècles mené tambour battant, où l’on croise Sophocle, Shakespeare, Molière, Brecht, et tant d'autres, le tout orchestré avec une légèreté apparente qui cache une rigueur impressionnante. Ces six ludions savent tout faire : chanter, danser, mimer, jouer de la musique — et surtout transmettre, avec passion et humour, l’essence même de ce qu’est le théâtre. C’est drôle, fin, inventif, souvent poétique, parfois burlesque, et toujours intelligent.
Ce spectacle est une déclaration d’amour à la scène, un feu d’artifice de créativité porté par une énergie contagieuse. On en ressort le sourire aux lèvres, la tête pleine d’anecdotes et de savoirs insoupçonnés. Une manière idéale de (re)découvrir l’histoire du théâtre sans jamais avoir l’impression d’apprendre — et pourtant, quel enrichissement !
À voir absolument. Et à revoir, pour le plaisir et l’émerveillement. Mais rapidement car il n' est présenté que jusqu'au 15 juillet !!
Michelle invitée des 2M&Co
09/07/2025
C’est dans une ambiance feutrée que le comédien nous invite à partager ce grand moment de littérature.Le décor intimiste propose au regard des livres, posés sur un bureau, qu’on devine être des grands classiques.
C’est avec avec humour et délicatesse qu’il transcende des histoires de vie du quotidien en une envolée lyrique digne des plus grands poètes.
Les rimes sont riches, les propos frisent parfois l’impertinence mais laissent aussi la place aux émotions.Bercés par le rythme et la musicalité des alexandrins, on savoure les mots avec gourmandise. Quand il se glisse dans la peau des personnages qu’il met en scène, on rit lorsqu’il égratigne les hommes politiques, on est émus par une déclaration d’amour.
Puis, il y a ces moments de pause où, assis à la table, il effleure et feuillette les livres avec lenteur.
Un instant de grâce dans un silence respectueux ...
Des passages chantés accompagnés à la guitare font irruption dans le spectacle et nous charment par la beauté des textes .
Le comédien est brillant, charismatique,avec une présence sur scène qui capte une attention de tous les instants.
Laissez vous surprendre par l’originalité de ce spectacle, c’est un bain de douceur qui fait du bien.
Comme la vie parait simple en alexandrins!
Yolaine - les 2M & Co
08/07/2025
Adapter ce livre était un pari que Réjane KERDAFFREC et Brigitte BIASSE ont relevé avec justesse et respect. Leur théâtre bouleverse et surtout réveille. Il y a dans cette pièce une gravité lumineuse, toujours fidèle à l’esprit de Renée CHEDID. Elles questionnent la barbarie sans jamais céder au désespoir.
Les comédiens Pauline WEIL Clément JACQMIN, Victor LAMBERT, Brigitte BIASSE et Réjane KERDAFFREC nous entraînent par leur talent dans ce monde dévastateur de la guerre avec force mais aussi avec tendresse lors des souvenirs heureux de la vie de Marie. Cette alternance laisse le spectateur à la fois meurtri et émerveillé.
Les décors, les lumières, les images et les sons amènent les spectateurs dans ces labyrinthes de dévastation liée à tout conflit, à des impossibilités à se retrouver mais aussi à des rencontres humaines. La scénographie par sa sobriété et sa justesse nous immerge dans les sentiments de peur, de résistance et d’amour des personnages avec émotion.
Le Message parle de la fragilité de l’amour mais aussi de sa force, de la résilience, du courage et de la résistance face à l’obscurantisme et l’absurdité de la guerre.
Une pièce percutante, saisissante, accessible et profondément actuelle.
A ne pas manquer
Mireille Les2M & Co
07/07/2025
Dans le cadre intimiste du Théâtre du Tremplin, la compagnie propose une version sobre et efficace de Georges Dandin de Molière. Sans chercher à révolutionner le texte, la mise en scène respecte l'esprit original tout en insufflant un certain dynamisme à cette farce cruelle sur le mariage et les rapports sociaux.
La mise en scène va à l’essentiel. Les choix esthétiques restent simples, parfois minimalistes, mais la lisibilité du propos en sort renforcée. Le metteur en scène s’appuie sur le rythme du texte pour maintenir l'attention, sans effets superflus. Quelques touches contemporaines viennent ponctuer l’ensemble avec légèreté, sans tomber dans l’anachronisme gratuit.
Le comédien incarnant Georges Dandin livre une prestation juste, à la fois pathétique et ironique, qui parvient à faire exister ce personnage tiraillé entre ridicule et douleur. Angélique, pleine de charme, sait jouer son rôle entre innocence et duplicité, apportant une tension dramatique savoureuse. Le reste de la distribution soutient efficacement l’ensemble.
Pascal les 2M & Co
07/07/2025
C’est une parodie pétillante, insolente, pleine de liberté, d’excès, et de joie, qui célèbre l’inclusion, la vérité des émotions et la fantaisie, loin du politiquement correct.
Mesdames, messieurs, et tous les autres étoiles du music-hall, attachez vos boas et révisez vos classiques, parce que "Y’a d’la joie !" ne fait pas dans la demi-mesure. Ce cabaret déjanté vous prend par la main… puis par les paillettes, et vous embarque dans un tourbillon musical aussi kitsch qu’endiablé, quelque part entre un rêve de Joséphine Baker et un karaoké sous LSD.
Sur la scène de La Nouvelle Étincelle, six comédiens-chanteurs survitaminés revisitent Trenet, Mistinguette ou encore Nino Ferrer avec autant d’amour que d’insolence. Costumes outranciers, chorégraphies au cordeau et second degré au garde-à-vous : on assiste à une grande parade où tout est permis — surtout le mauvais goût, pourvu qu’il soit assumé et drôle. Et croyez-moi, il l’est.
On rit, on est ému, parfois on ne comprend pas tout, mais c’est pas grave : on en ressort heureux comme après trois verres de champagne et une bise de Claude François. C’est un spectacle qui bouscule, qui chatouille la bien-pensance avec une plume dans le fessier, et qui réussit l’exploit d’être aussi intelligent qu’irrémédiablement délirant.
En résumé ? Un OVNI musical, un joyeux bazarl parfaitement orchestré, un hymne à la liberté et à la joie de vivre. Et dans un monde qui tire la tronche, ça fait un bien fou.
À voir absolument avant de redevenir sérieux.
Pascal - Les 2M & Co
07/07/2025
L'Art d'avoir toujours raison" : une conférence aussi brillante que jubilatoire.
Avec "L'Art d’avoir toujours raison", le théâtre s’offre un petit bijou d’intelligence, d’humour et de finesse dialectique. Un spectacle intelligent, drôle, et salutairement impertinent, qui nous rappelle qu’en matière de débats… la forme compte parfois plus que le fond.
L'Art d'avoir toujours raison n’est pas seulement une comédie : c’est un acte théâtral politique brillant, servi par deux comédiens aussi déjantés que brillants.
Une pièce subtilement drôle, captivante et profondément pertinente. Idéale pour tous ceux qui aiment rire tout en aiguisant leur regard critique. Le public, tour à tour complice, juge ou victime de ces joutes verbales, ressort conquis, à la fois amusé et intrigué par la mécanique subtile du discours.
Dans ce faux séminaire orchestré avec un humour mordant, deux conférenciers autoproclamés experts en stratégie verbale dévoilent au public les clés pour… gagner tous les débats. Le ton est décalé, la mise en scène rythmée, et les comédiens – Adeline Benamara et Sébastien Valignat – excellent dans l’art de transformer la rhétorique en terrain de jeu comique.
Inspirée de Schopenhauer mais résolument contemporaine, la pièce démonte les techniques de manipulation du langage avec une efficacité redoutable : storytelling, inversion du doute, récits émotionnels, langage creux… tout y passe. Le spectateur rit, souvent jaune, face à une satire politique fine et percutante, d’autant plus savoureuse dans le contexte du Festival d’Avignon.
Sous ses airs légers, "L’Art d’avoir toujours raison" interroge en profondeur notre rapport au discours public, à la vérité, et à la démocratie. Un spectacle aussi accessible qu’intelligent, qui séduit autant par son humour que par la lucidité du propos.
Pascal les 2M & Co