24/07/2025
Tout commence au lendemain d’un drame. Maria, sublime et muette, traverse son village armée d’un Smith & Wesson pour retrouver l’homme qui l’a agressée.
Une traversée, une quête, une traque. Et tout le village — littéralement — la suit, emporté malgré lui dans cette odyssée vengeresse. Le public est happé dès les premières secondes par la voix unique du narrateur, haletante, ininterrompue, incantatoire.
Un souffle qui ne faiblit jamais, un chant d’un seul tenant, à la manière d’un griot ou d’un chœur antique moderne.
Maria ne parle pas. Et pourtant, on la connaît intimement. Son enfance, ses secrets, ses blessures, sa sensualité, ses absences, sa rage contenue, son mystère, sa solitude sublime… tout cela est restitué par la parole du narrateur, qui incarne à lui seul tout un village : les ouvriers, les footballeurs, le club des chasseurs, celui des motards, les commerçants, la vieille institutrice, l’amoureux secret, la" meilleure amie", les commères, les invisibles solidaires, les parents de Maria, la mère de l agresseur ....et j'en oublie. C’est un seul en scène multiple, une partition chorale offerte par une seule bouche — prodigieux tour de force d’interprétation et d’écriture.
Et la scène se peuple peu à peu. Des costumes suspendus apparaissent, flottants, fantomatiques mais incarnés, formant un chœur silencieux mais éloquent, qui entoure Maria, commente ses choix, l'encourage, la juge, la critique ou la soutient. On est entre tragédie grecque, le western biblique, et la fable cathartique, le tout accompagné par une musicienne protéiforme qui peut, selon le moment, jouer de l' accordéon ou du violoncelle ou du piano. C’est brûlant, drôle parfois, surtout déchirant.
Et puis, il y a cette image finale, gravée dans la rétine : Maria, reine d’une procession inattendue, figure christique d’un nouveau genre, qui entraîne dans son sillage tout un peuple en marche — non vers la croix, mais vers une justice à elle, implacable, organique, furieuse...face à Angelo, le couillon.
On sort de ce spectacle lessivé, bouleversé, admiratif. La mise en scène, précise, poétique, radicale, épouse à merveille le texte et son urgence. L’interprète est saisissant, entre puissance brute et tendresse infinie. Et le texte, incandescent, dit quelque chose de rare sur la communauté, la colère, la sororité, et la possibilité du soulèvement.
La sœur de Jésus Christ n’est pas un simple spectacle. C’est une chevauchée sauvage, un cri, une prière, une révolte. C’est un miracle de théâtre.
Michelle invitée des 2 M & Co pdf 🖨️
23/07/2025
La mise en scène nous emporte dans le tumulte des révoltes, dans le fracas des luttes, mais aussi dans la chaleur de la solidarité. On y sent battre le cœur d’hommes et de femmes qui, par leur courage, leur engagement et leur fraternité, ont façonné une communauté soudée face aux épreuves.
C’est un spectacle engagé où l’on passe du rire aux larmes, porté par une ferveur sociale et républicaine chaleureuse et réconfortante, ce qui, en ces temps où l’égoïsme et l’individualisme semblent gagner du terrain, agit comme un baume bienfaisant.
On se sent moins seul, entouré, soutenu.
On sort de la salle reboosté, la foi en l’humanité regonflée, prêt à repartir pour de nouvelles luttes.
Un grand merci et un grand bravo aux acteurs pour cette performance joyeuse et généreuse, qui nous rappelle que le théâtre peut aussi être un acte de résistance et de fraternité.
Michelle invitée des 2 M & Co pdf🖨️
23/07/2025
Ambiance scène de classe, un tableau noir, une table, deux chaises qui font office de bureau et un jeu de l’oie géant avec un dé en mousse.A tour de rôle ils le lancent pour déterminer un lieu à partir duquel ils vont pasticher leurs personnages.
Tout le monde en prend pour son grade!Du professeur hystérique, à celui qui les endort en leur faisant apprendre des choses parfaitement inutiles sans oublier le prof qui les fait courir sous la pluie dès 8h du matin.L’infirmière scolaire n’y coupe pas, elle n’est jamais là et ne donne que du sucre avec de l’eau.
Leurs camarades aussi complètent le tableau. Il y a le tricheur, celui qui triche avec panache et ne se fait jamais prendre;le fayot toujours prêt à se faire bien voir
qui postule pour être délégué de classe, les bavards qui perturbent, selon les professeurs, et Jay6k, la bimbo!
Bien sûr les caricatures sont féroces, avec un zeste de vérité tout de même.
On pourrait être vexés ou fâchés si l’on se reconnaît dans un des personnages mais c’est tellement drôle et bien joué qu’on ne peut pas leur en vouloir.
L’utilisation des marionnettes à main permet d’imiter différents personnages en créant une distance avec le comédien et rajoute de l’originalité dans la mise en scène. Anaïs et Vadim sont complices dans le jeu et c’est avec spontanéité et naturel qu’ils évoluent tout au long de la pièce en adoptant le langage, les postures, les mimiques de leurs âges
.Un beau moment musical avec une interprétation au saxophone par Vadim qui apporte une respiration dans l’exubérance du spectacle.
Spectacle à partir de dix ans qui réjouira adolescents, parents et personnel de l'éducation nationale enfin peut être pas tous.
Plus que deux jours pour en profiter, courez-y.
Yolaine- les2M & Co
22/07/2025
Dans la famille Dutellier on demande le grand-père, le fils , la belle fille, la sœur, le petit fils.
Comme toutes les années depuis des lustres ils partent en vacances dans la maison familiale. Le ton est donné dès le début avec le jeune fils Lucas qui leur annonce avec un grand sérieux que son projet est de devenir président des États Unis.
Dans cette tribu excentrique où tous ne partagent pas les mêmes ambitions, cette déclaration extravagante va contribuer à faire bouger les lignes, réveillant pour certains des espoirs enfouis et pour d’autres faisant ressurgir des regrets.
Par petites touches ils vont dévoiler leurs failles, du grand-père chirurgien alcoolique à la belle fille dépressive, frustrée dans sa vie de couple et professionnelle. Le mari pourtant dessinateur de talent qui s’est endormi dans une routine confortable est passé à côté d’une carrière artistique prometteuse tandis que sa sœur est prête à tout pour se faire une place au soleil.
C’est dans une succession de situations pleines de rebondissements que la pièce nous embarque au sein de cette famille où chacun de nous peut s’identifier au point de vue de l’un ou l’autre des personnages .La question est de savoir si l’ambition doit guider nos choix et si ne pas en avoir fait de nous des êtres non accomplis.
La pièce est construite avec des allers retours dans le temps qui éclairent au fil de l’histoire la psychologie des personnages.Les comédiens sont tous excellents!
Lucas est une pépite, en jeune homme naïf qui se projette avec enthousiasme dans des projets les plus « déjantés ». Le grand-père,joué par Jean Marc CATELLA, incarne un superbe patriarche à la fois drôle et pathétique.
Pour décor un portant où sont suspendus des costumes derrière lesquels les comédiens se changent pour incarner des rôles secondaires identifiés par leurs vêtements. Des éléments spécifiques chaises ,tables, pédalos servent à marquer les changements de lieux.
Une scénographie très originale qui donne au spectacle un rythme trépidant où les jeux de lumière jouent parfois à isoler un personnage pour lui permettre une réflexion intérieure destinée au public.
Dans cette pièce signée Didier CARON,où il joue l’annonceur dans les changements de scène, on est partagés entre rires et émotions, avec une tendresse pour tous les membres de cette famille qui nous délivrent un message d’espoir dans un "happy end"
Plus que 2 jours, aujourd’hui c’est relâche pour en profiter réservez dès maintenant.
Yolaine - Les 2 M&Co
22/07/2025
Portée par le jeu fort, juste et d’une grande sensibilité de Valérien Moutawe et Nicolas Moisy, cette mise en scène signée Luca Franceschi nous embarque dans une quête d’identité vertigineuse, entre mémoire, filiation et responsabilité.
Les rôles secondaires évoluent dans un ballet fluide, au sein d’un décor sobre mais évocateur, qui épouse la douleur des personnages.
Les mots sont durs, mais nécessaires. Ils bouleversent autant qu’ils libèrent. Ce théâtre-là ne juge pas, il questionne. Il résiste, au nom de la liberté d’expression et de la justice.
Alors que Boualem Sansal lui-même est aujourd’hui réduit au silence, cette œuvre devient un acte politique, un cri de vie contre tous les totalitarismes.
On en sort remué, un peu groggy.. Un moment de théâtre rare, indispensable qui nous fait nous sentir plus humains.
A ne pas rater
Pascal les 2 M & Co
21/07/2025
Lui est professeur de philosophie, posé, intellectuel, un brin désabusé. Elle, dirige une entreprise et se retrouve propulsée dans la lumière en devenant ministre.
Ce changement de statut agit comme un révélateur des équilibres de leur relation : le regard de l’autre, la pression médiatique, les rôles sociaux, et cette fameuse notion de "place" dans le couple.
Mais là où d’autres auraient choisi le ton de la dénonciation ou de la satire acerbe, Hugues Leforestier préfère celui de l’élégance et de la nuance. Le texte, joliment ciselé, mêle humour et tendresse avec une belle économie de mots. Il interroge les stéréotypes de genre, le pouvoir, la masculinité et la féminité, sans donner de leçons ni pointer du doigt.
Sur scène, Nathalie Mann et Hugues Leforestier forment un duo solide. Leur complicité est évidente, et cela rend les dialogues vivants, drôles, parfois mordants mais toujours justes. On sent que ces deux-là se connaissent bien, dans le jeu comme dans les silences, et cela donne au spectacle une humanité précieuse.
La mise en scène est sobre mais efficace, laissant toute la place au texte et au jeu. Les changements d’ambiance passent par des lumières subtiles et une bande-son bien choisie.
Le Premier Homme n’est pas une pièce à grand fracas, mais justement : elle séduit par sa simplicité, son authenticité. Elle nous invite à réfléchir sans lourdeur, à sourire d’un miroir qu’elle tend gentiment au public. Les spectateurs rient, s’émeuvent, parfois se reconnaissent.
Pascal - les2 M & Co
21/07/2025
Quand la pièce commence Irena a 98 ans et personne ne peut imaginer ce qu’a été son parcours héroïque.
3 jeunes filles enquêtent sur l’histoire d’Irena et reconstituent les bribes de sa mémoire. Son nom est inscrit sur le Mur des Justes, aux yeux du peuple juif, elle y a sa place pour avoir soustrait des enfants juifs à la persécution des nazis. Son histoire s’éclaire au fil de la pièce polymorphe qui mêle avec subtilité théâtre, théâtre d’ombres et magnifiques marionnettes.
La scénographie, les jeux de lumière et l’esthétique visuelle sont absolument superbes et sensibles et offrent une expérience théâtrale riche et poétique. L’atmosphère est subtile et intense, très pudique. 4 comédiennes de talent, justes et capables de transmettre de grandes émotions nous touchent avec leur jeu alliant intensité et sobriété sans pathos.
C’est un spectacle coup de cœur qui combine une forte intelligence émotionnelle et une portée pédagogique.
Allez y absolument et offrez vous, en famille, ce petit bijou riche, tendre et magnifique. Vous ne regretterez pas ce voyage retour dans l’Histoire.
Pascale - Les 2M & Co
20/07/2025
Le rythme s’emballe, les destins basculent. Le théâtre se fait alors plus politique, plus poignant.
Ce n’est plus seulement une histoire de femmes, c’est une ode à leur résistance. Une mise en lumière de vies oubliées, rejetées, mais ô combien puissantes.
Une troupe en état de grâce
Difficile de détacher les yeux de la scène. Chaque comédienne (et un comédien également, dans plusieurs rôles finement dosés) semble littéralement habiter son personnage. Les dialogues sont ciselés, jamais démonstratifs, souvent drôles, parfois glaçants. La complicité entre les actrices donne une force rare aux scènes d’ensemble, certaines dignes d’un chœur antique, mêlant danse, chant et texte avec une fluidité remarquable.
La mise en scène, signée Agnès Chamak et Odile Huleux, allie la sensualité du cabaret à la rigueur du théâtre engagé. On passe d’un éclat de rire à une boule dans la gorge sans transition. Le tout est porté par une musique originale et une lumière subtile qui épouse les états d’âme de ce microcosme féminin.
Au-delà de la reconstitution historique, La Nuit du 14 parle d’aujourd’hui. Des femmes qui, hier comme aujourd’hui, n’ont pas toujours le droit d’exister librement.
Le spectacle ne tombe jamais dans le misérabilisme. Il préfère la dignité au pathos, l’émotion brute à la leçon militante.
Et c’est sans doute ce qui le rend si puissant.
On sent une urgence dans cette écriture. Une volonté de dire, de rendre justice, de raconter l’invisible.
La pièce est aussi une déclaration d’amour au théâtre lui-même : cet art fragile mais vital qui permet, en une heure vingt, de changer notre regard sur le monde.
Pascal les 2 M & Co
20/07/2025
Une mise en scène sobre au service du texte
Autour d’un cercle rouge au sol, espace symbolique et sacré, les jeunes comédiens donnent corps à l’œuvre bouleversante de Wajdi Mouawad.
Sans décor inutile, sans surjeu, ils laissent parler les mots – et ces mots, terribles, puissants, poétiques, tombent dans un silence religieux.
Le public, littéralement figé, épouse chaque mot, chaque silence, chaque souffle.
Un public conquis, suspendu au fil narratif
Rarement aura-t-on vu une salle aussi attentive, presque immobile, suspendue aux révélations qui tissent l’histoire de Nawal et de ses enfants. À mesure que le récit progresse, dévoilant la violence d’un passé enfoui, on entend presque les respirations se caler au rythme du texte.
Le silence qui précède les applaudissements n’est pas un vide : c’est un hommage. Une révérence. Comme si chacun avait besoin d’un moment pour revenir à lui-même.
Un collectif à la hauteur d’un texte vertigineux.
Les comédiens font preuve d’une écoute mutuelle remarquable. Leur concentration, leur engagement, leur sincérité sont tels que le public ne peut que suivre, en confiance, cette descente au cœur de l’indicible. Le cercle devient lieu de mémoire, d’interrogation, de douleur, de transmission mais aussi de résilience. Chaque entrée dans l’espace central devient un acte fort, un moment suspendu.
Le théâtre, c’est aussi cela : un pacte d’écoute entre scène et salle. Ce soir-là, ce pacte fut total. La qualité d’attention du public, loin d’être passive, a contribué à la tension dramatique. Une communauté silencieuse, respectueuse, ébranlée.
Au Festival d’Avignon, où tant de spectacles se croisent, Incendies a su s’imposer par la justesse et la gravité de son propos — et par la qualité rare d’un moment vécu ensemble, dans une intensité partagée.
Merci
Pascal - les2M & Co