04/07/2026
Théâtre contemporain ou presque de Jean-Paul Farré
Être ou ne pas être le roi Lear à plus de 80 ans… Pour ce comédien, telle est la question ! Car, comme il nous le confie, pour incarner ce vieillard, « il ne faut pas être trop jeune au niveau du vécu, ni trop vieux à cause de la date de péremption » !
Théâtre Ancien Carmel
du 4 au 23 juillet relâche 10 et 17
à 17h00 durée 1h15
théâtre 📞08 05 69 08 75
Et de fait, Jean-Paul Farré colle parfaitement au personnage. Non seulement il en a le physique et l'âge, mais il en fait aussi jaillir toutes les émotions. L'amour, la colère, la douleur, la rage, la folie, la détresse : tout ce qui traverse Lear semble l'habiter profondément et nous atteint en plein cœur. Mais toujours avec une salutaire pointe d'humour et de distance. Avec une finesse jubilatoire, il s'amuse des excès, parfois irrésistiblement drôles, de l'univers shakespearien. Le spectateur passe ainsi sans cesse du sourire aux larmes devant ce clown triste, bouleversant et profondément drôle.
Ce roi est nu, ou presque : affublé d'un vieux jogging, muni d'un sac de voyage qui a connu des jours meilleurs, il évolue sur un plateau quasiment vide. Une simple chaise d'enfant lui sert de trône, tandis qu'une couronne en papier doré suffit à évoquer sa royauté déchue. Il a tout perdu, mais il habite la scène avec une présence extraordinaire. Pendant plus d'une heure, il captive son public, change de registre avec une maestria consommée, incarne tour à tour les différents personnages de sa cour qu'il brocarde avec gourmandise et fait preuve d'une autodérision savoureuse envers son propre personnage.
Jean-Paul Farré brosse ainsi les grandeurs et les misères de ce roi en ne retenant que l'essentiel : ce qui fait une vie, et ce qu'il en reste lorsque l'on en atteint l'hiver.
On ne peut qu'admirer la prouesse finale de l'acteur, qui nous offre quatre ou cinq variations de la scène d'anthologie où Lear, errant sous une tempête apocalyptique, convoque « vents, cataractes et ouragans ». Au cœur de sa folie surgit alors un éclair de lucidité : la grandeur n'est qu'une illusion et l'homme, dépouillé de ses titres comme de ses habits, n'est plus qu'un être de chair, fragile et démuni.
Et comment ne pas évoquer enfin ce délicat moment de grâce qu'offre la mise en abyme du duo entre le comédien et sa propre marionnette ? Une scène d'une infinie poésie qui nous ramène à cette célèbre phrase de Shakespeare : « C'est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »
Michelle invitée des 2 M & Co PDF🖨️